Adieu le green de papa, vive la pelouse écologique !

lundi 04 mai 2015 Écrit par  Yves Heuillard
Votre pelouse écologique s'éveille Votre pelouse écologique s'éveille Photo ddmagazine. D.R

Ah ! Le beau gazon tout lisse. Pas une mauvaise herbe, pas une fleur non plus, ni même une abeille ou un papillon, encore moins une coccinelle. Votre gazon est le reflet de votre rapport au monde. Oui oui, pas moins.... [Nouvelle édition 2015]

Que d'efforts pour parvenir à ce qu'il était convenu d'appeler au 20ème siècle "un beau gazon". Le beau gazon de papa nécessitait de tondre fréquemment, d'arroser, d'utiliser des herbicides sélectifs, des anti-mousses, parfois des pesticides, d'engraisser, de scarifier... Sans compter qu'entretenir un tel gazon dans des zones pavillonnaires relève de l'incivilité absolue :  pollution par les gaz, pollution par les produits chimiques, bruit infernal, utilisation abusive de l'eau, et tant qu'à faire, pendant le week-end.

"Bon d'accord, pelouse écologique, c'est facile à dire, je fais quoi ? Je la laisse pousser, je mets des chèvres dans mon jardin, ils sont marrants à ddmagazine..."

pelouse ecologique ou gazon

D'accord, ce n'est pas si simple mais si vous avez envie d'affirmer votre DD attitude, la pelouse est un bon moyen. D'autant qu'au delà des aspects techniques, une pelouse "nickel" revêt une dimension culturelle dont il n'est pas si facile de se débarrasser. C'est même encore un objet de fierté et attendez-vous donc à subir le quand-dira-t-on ou les risées de vos voisins, et même peut être des réactions agressives de monsieur Petite-pelouse-gros-tracteur.

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Mais si vous y pensiez depuis longtemps ; et que mourir martyr de la DD attitude sur un bûcher d'herbes sèches arrosées de Round-up ne vous fait pas peur ; vous commencez sur l'heure.Confortez-vous dans votre démarche. De nombreuses municipalités, comme Poitiers ou Orléans ont entamé une démarche zéro pesticides ; d'autres sèment des prairies fleuries, et emploient même des ânes ou des chèvres pour entretenir des espaces verts. Besançon confie l’entretien et le débroussaillement de ses nombreuses collines à des chèvres et à leur berger, M. Moustache. Donc vous êtes pionnier, vous allez changer le monde.

Utilisez, si possible, une tondeuse à gazon manuelle.

Ceci vous paraîtra peut être d'un autre âge, mais si vous disposez d'une surface de gazon inférieure à 600 m² c'est un must, jusqu'à 1000 - 1500 m² c'est faisable. Vous ne polluez pas, vous ne vous asphyxiez pas, vous ne respirez pas de vapeurs d'essence (transport, remplissage), vous ne dérangez pas les voisins par le bruit, vous ménagez vos facultés auditives, vous faites des économies, vous faites de l'exercice, et en prime c'est amusant.

Sans compter la douce odeur de l'herbe fraîchement coupée. La tondeuse à gazon manuelle vous permet aussi de créer des motifs dans votre gazon en taillant plus ou moins haut ici ou là. Vous pouvez aussi laisser des parties sauvages, créer des allées sinueuses, des recoins secrets pour les amoureux, faire un labyrinthe pour les enfants. Le plus dur c'est de trouver la bonne tondeuse avec une largeur de coupe suffisante (45cm, voire plus). Nous avons réalisé un banc d'essai de la tondeuse Fiskars StaySharp en photo ci-dessous. 

Tondeuse Fiskars Momentum | Photo FiskarsAu delà de 1000 m² c'est une question de forme physique ou de détermination. à moins que vous ayez des enfants ados, et dans ce cas, une bonne répartition des tâches dans le genre "moins de 12 en math tu tonds la moitié de la pelouse" est chaudement recommandée. Notons aussi la disponibilité de tondeuses électriques. Existent aussi des robots tondeurs, de la taille d'un aspirateur, qui ne permettent pas de réaliser une pelouse écologique, mais qui au moins ne font pas de bruit, et son totalement automatiques - et chers. 

Pour les grandes surfaces

En ce qui concerne les grandes et très grandes surfaces rien ne vaut la tondeuse à quatre pattes, quitte à vous ménager un petit espace de gazon tondu mécaniquement. La chèvre ou l'âne, bien que de très bonne compagnie, ont le défaut de s'attaquer à l'écorce des arbres. Les moutons sont un peu plus sages, mais demandent un soin particulier. Le mieux, de toute évidence, ce sont les petits chevaux dont certaines races très rustiques peuvent servir à la traction, restent au pré toute l'année, et amusent les enfants. Vous participez en outre à la préservation des espèces d'un animal fort attachant. Notez tout de même que ces bestioles arrachent plutôt l'herbe qu'elle ne la coupe, mais après tout, les prairies des agriculteurs ne s'en portent pas si mal. J'arrache mais je fume...

Soyez paresseux ! 

Maurice Marsesi, jardinier paresseux |ddmagazine.com"Traiter, engraisser, désherber, mais je n'ai pas le temps ! " s'exclame
Maurice Μarchesi.

Maurice n'est pas un jardinier ordinaire, c'est un jardinier paresseux.
Suivez ses conseils...

Et si, abandonner la tondeuse à moteur, n'est pas possible, essayez de constituer un petit groupe de voisins pour acquérir un petit tracteur. Il sera moins bruyant et plus rapide, plus efficace, et souvent moins polluant que la petite tondeuse autotractée, avec un prix de revient par foyer bien inférieur. Nous vous concédons que cette démarche n'est pas facile. Mais le sens du collectif est un formidable réservoir d'économie d'énergie. Une autre façon de résoudre le problème est de faire tondre par un professionnel. Vous créez de l'emploi près de chez vous plutôt que d'immobiliser un tas de ferraille qui pue l'essence dans votre garage.

 Prenez la décison

Mettez vous dans l'idée que vous ne voulez plus d'un green à l'anglaise ou d'un gazon de golf, mais d'un petit bout de prairie, autour de votre maison. Une prairie avec des dizaines de variétés d'herbes différentes et surtout des fleurs, pleins de fleurs, de toutes les saisons (paquerettes, coucous, primevères, jonquilles, violettes, coquelicots). Prenez conseil auprès des vendeurs ; il existe des mélanges tout prêts. Consultez par exemples le site jardinage.net (site québecois) ou le site de Delphin et Thierry Jouet et bien sûr Plantes et jardins qui vend des mélanges dits "prairies fleuries" (photo ci-dessous).

Prairie fleurie |Photo ddmagazine.com

« Une pelouse qui vit, qui sent bon, qui bruit, qui change selon les saisons. » Discutez avec les paysans locaux, surtout les éleveurs, pour identifier les graminées qui faisaient les prairies naturelles de vos arrière-grands-parents. Essayer même de semer ces grandes graminées soyeuses qui ondulent sous le vent. Et pourquoi pas quelques touffes de variétés anciennes de blé, ou de seigle, qui feront, l'été venu, de belles gerbes sèches.

Vous verrez qu'avec les fleurs, viennent les papillons, les abeilles, les bourdons, et une myriades de petits insectes qui attirent les oiseaux le jour, et les chauve-souris le soir et même les hérissons, une fois la nuit venue. Mais que de monde sur votre pelouse ! Une pelouse qui vit, qui sent bon, qui bruisse, qui change selon les saisons.

L'eau

N'attachez pas trop d'importance à la couleur verte de votre gazon. Si vous habitez la Normandie, votre herbe sera verte en toute saison (sauf saison particulièrement sèche). Dans le sud de la France, l'été, votre bout de prairie se transformera en paillasson. Où est le problème ? Si vous avez pris garde à semer des espèces adaptées à votre région, donc capables de résister aux variations du climat local, dès les premières pluies vous verrez des petites pousses vertes.

Donc, vous pouvez vous passer d'arrosage. Sauf à récupérer l'eau de pluie en quantité suffisante. Si vous habitez des régions particulièrement arides, ne vous évertuez pas à faire un green à l'anglaise. Choisissez des plantes adaptées à la sécheresse en évitant les plantes exotiques. Voir par exemple Graine de gazon sur le sujet ; mais surtout ouvrez l'oeil et interrogez les professionnels à côté de chez vous. Deux mots encore sur la sécheresse : l'humus (le stade final du compost) retient énormément d'eau ; plus la plante est haute, plus les racines sont profondes.

La coupe

Ne taillez pas votre pelouse trop rase. L'idéal, se situe autour de 8 à 12 cm, soit probablement 2 à 4 cm au dessus de votre coupe actuelle. Une herbe rase favorise les plantes basses comme le pissenlit, le plantain, la porcelle qui prendront vite le dessus sur les graminées. Vérifiez au moment de l'achat que la hauteur de coupe de votre tondeuse le permet (vous pouvez aussi modifier les roues).

Au début du printemps, laissez monter l'herbe de manière à profitez des fleurs, qui se ressèmeront d'elles même pour les années suivantes, et attireront abeilles, bourdons et autres insectes qui sont vos alliés dans l'entretien de votre écosystème. Le risque c'est d'obtenir alors une herbe trop touffue, difficile à tondre (surtout à la tondeuse manuelle). La présence dans votre petite prairie de plantes basses (du petit trèfle blanc par exemple) vous évitera cela ; ensuite tondre avec des lames affûtées.

En cas de forte chaleur il est préférable d'espacer les tontes. Une lame affûtée coupe les tiges, une lame émoussées, les déchiquette, rendant le repousse plus difficile et la plante vulnérable (le bout des tiges devient plucheux et jaune). Quant à la périodicité de la coupe, les professionnels recommandent de ne jamais couper plus du tiers de la plante. La principale raison est physique : au-delà la plante a tendance à se coucher lors de la tonde. Mais si vous vous faites une petite prairie, avec des plantes basses, des herbes folles, des milliers de fleurs, ce sera tellement beau que vous n'aurez plus envie de tondre. A l'extrême limite vous retrouvez l'usage de la faux. Mais là c'est une toute autre paire de manche.

pelouse écolo | Photo ddmagazine.com

Le sol, l'engrais

Si vous avez pris le soin de choisir des plantes adaptées à votre région, vous n'avez pas besoin d'amendement pour corriger la composition du sol, ni d'engrais de synthèse. Pour un gazon traditionnel, il « Le mieux c'est d'adapter la pelouse au sol et pas l'inverse »,est préférable d'avoir un sol très légèrement acide (Ph 6,5 -7). S'il est trop acide, vous pouvez lui apporter de la craie, s'il est trop alcalin, du soufre ou du gypse. Mais le mieux c'est d'adapter la pelouse au sol et pas l'inverse, sinon c'est un puits sans fond. L'engrais le moins cher c'est le résidu de la plante elle même. Autrement dit, sauf à avoir laissé la plante monter trop haut, ne ramassez pas l'herbe coupée. Elle fane rapidement, se transforme en chaume au pied des plantes, puis en humus.

A l'inverse l'engrais peut provoquer une croissance exagérée de la plante dont il résulte plus de coupes, et une couche de chaume trop importante. En complément vous pouvez aussi utiliser votre propre compost, mélangé éventuellement à un peu de cendre (attention la cendre est alcalinisante), ou si vous habitez la campagne, du fumier. Quand un engrais est nécessaire, choisissez un engrais à libération lente pour ne pas nuire aux microorganismes du sol. L'aération du sol, souvent préconisée (avec un scarificateur), n'est pas nécessaire si le sol est bien vivant (vérifiez la présence de vers de terre après la pluie).

Les mauvaises herbes

Il n'y a pas de mauvaises herbes, seulement des herbes indésirables dans votre petite prairie, par leur propension à se développer au détriment des autres herbes. Si vous suivez la nature, autrement dit si vous n'essayer pas de lui imposer des plantes non adaptées au climat et au terrain, vous ne devriez pas avoir de souci. 15 % de ces soit disant mauvaises herbes dans votre pelouse, ne se voient pas. Sachant que les dites mauvaises herbes sont généralement utiles à l'équilibre faune-flore, aérien et souterrain, de la pelouse.

à l'inverse, l'utilisation d'herbicides sélectifs et de pesticides empêche le développement des micro-organismes et des vers qui décomposent le chaume en nutriments et aèrent le sol. Tout se tient. Dites vous que les prairies n'ont pas attendu les hommes pour exister. Laissez la nature vous conduire, elle se laissera volontiers apprivoiser pour s'offrir à vous dans ses plus belles parures. Dans bien des cas d'ailleurs faire une pelouse écologique consiste à laisser faire, laisser pousser, laisser venir les fleurs, intervenir le moins possible. Le plus important c'est d'assumer, car on ne manquera pas de vous faire comprendre que vous êtes un peu zinzin.

La pelouse, leçon de choses

Le retour des abeilles au jardin |Photo ddmagazine.comN'est ce pas passionnant ? Avec ce regard, votre petite prairie prend l'aspect d'un véritable laboratoire écologique. Si vous avez des enfants, faites l'acquisition d'une loupe binoculaire  (grossissements 40) et observez, les herbes fraîches, le chaume, la terre, et admirez la vie qui s'y développe. Et le cas échéant faites vous une petite salade de pissenlit, de votre propre pelouse. Comparez-le  avec le parfait gazon à l'anglaise de votre voisin ; vous aurez là une merveilleuse leçon de choses et votre petit laboratoire écologique.

Sachez aussi qu'à certains endroits de votre jardin, sous les arbres par exemple, certaines plantes ne pousseront pas. Trouvez celles qui s'y adaptent bien, ou laissez venir, mais ne persistez pas contre nature. La mousse ou les fougères ne sont pas des intrus. Et si vous trouvez en face d'un problème difficile, une invasion de taupes par exemple, plutôt que d'empoisonner votre terre, (dont vous ferez peut être un jour, un potager) mettez vous à la place de dame nature, et vous aurez tôt fait de redécouvrir... le chat.

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Autres liens utiles 

Encore mieux que la pelouse écolo ou la prairie, le site Jardin fleuris propose des jachères fleuries, carrément sauvage, mais c'est beau.

Consultez les forums de aujardin.info  

Site du jardin botanique de la ville de Montréal