Des toilettes sèches dans des bureaux

jeudi 22 mai 2008 Écrit par  Yves Heuillard

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Les toilettes sèches, vous en avez déjà entendu parlé ? Des toilettes sans chasse d'eau, sans agent chimique, ni broyeur. Sûr que deux ou trois chasses d'eau par jour multipliées par la population urbaine mondiale, ça représente des dizaines de millions de mètres cube d'eau par jour. De là à nous faire adopter ce truc d'écolo babacool que sont les toilettes sèches, c'est une autre paire de manche. Et pourtant, Konrad Lutz, l'architecte Suisse de renom (voir notre article), spécialiste de l'habitat autosuffisant et écologique, nous fait porter un autre regard sur la chose. Ses bureaux sont pourvus de toilettes sèches. Et DDmagazine les a essayés, oui oui...

greenoffices lutz maisons passivesNous vous invitons donc à cette petite visite des toilettes sèches, encore appelées toilettes à compostage, de l'immeuble de bureaux ultra-écologique Green Offices construit par Conrad Lutz, près de Fribourg en Suisse (ci-contre l'intérieur du bâtiment). Les toilettes sèches fonctionnent sans eau. Il s'agit d'une cuvette placée à la verticale sur un conduit de gros diamètre ( de l'ordre de 30 cm) qui aboutit directement à une fosse située sous le bâtiment. A côté de la cuvette, un panier contenant des copeaux de bois et une petite pelle. Voici les indications pour la manœuvre fournies aux utilisateurs :

Il n'est pas nécessaire de mettre des copeaux après avoir uriné.

toilettes-sechesJeter une demi-spatule de copeaux pour recouvrir les grosses commissions

Veuillez impérativement à rabattre le couvercle après utilisation

Seuls sont autorisés dans les toilettes à compostage : l'urine, les matières fécales, le papier toilette, les copeaux. Tous les autres déchets doivent être mis dans la poubelle verte.

 

toilettes sechesBon, l'engin n'est pas très esthétique (probablement faute de designer intéressé par le sujet) mais contrairement à ce qu'on peut imaginer, il n'y a aucun dégagement d'odeur. Aucun. La cuvette est faite d'un matériau à faible adhérence, probalement du téflon, et ses parois sont pratiquement verticales. Il n'y a donc pas de chasse d'eau, la cuvette est ouverte au-dessus du vide d'un énorme tuyau qui descend jusque sous l'immeuble, sans coude. ces tuyaux prennent une place énorme, et il en faut un par toilette (sur la photo on voit un second tuyau qui déssert l'étage supérieur). L'hygiène stricte d'une telle installation, nous paraît toutefois difficile à concevoir dans la mesure où la cuvette et la gaine de descente ne peuvent pas être nettoyées après chaque usage. Des toilletes classiques, d'un point de vue bactériologique, sont probablement un million de fois pire, mais le syphon des toilettes avec son bouchon d'eau, nous isole des effluves et, pyschologiquement au moins, nous rassure sur l'inocuité de l'engin. Une fois par an, la fosse des toilettes sèches de Monsieur Lutz est vidée. Il s'agit d'une matière sèche, terreuse, et le compost ainsi réalisé, est utilisé comme engrais. Chapeaux bas, il fallait oser. La lutte pour un développement durable devra passer par des changements de culture et d'habitudes autrement plus radicaux. Les toilettes sèches portent ce message et nous touchent par leur côté intime et terre à terre.

Et en Suisse apparemment ça peut fonctionner dans un espace collectif. Il faut dire que nous sommes dans l'un des pays du monde où le sens civique, le sens du collectif et de l'hygiène, sont les plus développés. 

En savoir plus :

Notre article sur les bureaux Greenoffice

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