Habitat économique : l'exemple de Bonne

mercredi 04 juin 2008 Écrit par  Alexandra Lianes

Quelles sont les techniques employées sur la ZAC de Bonne à Grenoble pour atteindre une consommation de 50 kWh/m²/an (énergie primaire) pour les besoins en chauffage ; 30 kWh/m²/an pour l'eau chaude sanitaire et 10 kWh/m²/an pour les parties communes. Soit un objectif de consommation inférieure de 40 % par rapport à la réglementation thermique de 2005. Olivier Sidler, responsable thermique du projet nous répond.

Oliver Sidler. La consommation du chauffage pour les logements ne doivent pas dépasser 50 kWh/m²/an en énergie primaire, soit deux fois moins que la RT 2000. Il ne faut pas oublier que ces objectifs ont été définis en 2003 - 2004. C'était très ambitieux à l'époque. Depuis le Grenelle est passé par là. Mais c'est la première fois en France qu'un quartier était programmé pour ces niveaux de consommation avec le programme de Lyon.

Pour atteindre ces niveaux de consommation, quelles sont les techniques employées ?

O.S. Avant les techniques, la démarche. La démarche est pleine de bon sens. Pour consommer peu, il faut avoir peu de besoins. Pour avoir peu de besoins, il faut déjà concevoir une enveloppe, c'est-à-dire la peau du bâtiment, qui consomme peu. C'est le point de départ. Il faut commencer par boucher la baignoire qui fuit avant de voir comment l'alimenter. Le gaspillage est l'une des grandes caractéristiques de tout ce que l'on fait en France. Et il faut donc commencer par là.
C'est-à-dire que l'on met de très fortes valeurs d'isolants. En épaisseur équivalente à de la laine minérale, on met entre 15 et 20 centimètres d'isolants sur les murs par l'extérieur. [Sur le projet de la Zac de Bonne les isolants utilisés sont la laine minérale et le polystyrène.] Sur la toiture, on utilise du polyuréthane dont les épaisseurs varient entre 12 et 20 centimètres. C'est très élevé par rapport à ce que l'on faisait avant. Et sur les RDC au dessus des parking, c'est l'équivalent de 15 centimètres de laine minérale.
Ensuite il y a les fenêtres. Pour atteindre les 50 kWh/m²/an, on peut encore rester sur du double vitrage peu émissif avec de l'argon entre les verres avec des menuiseries en bois ou en PVC. Par contre, si on veut aller plus loin, faire des bâtiments passifs ou à énergie positive on ne pourra pas faire l'économie du triple vitrage.
On travaille ensuite sur la perméabilité de l'enveloppe à l'air. Cela représente un tiers de la consommation. On travaille sur l'étanchéité à l'air de la façade. On va traquer tous les moindres interstices (notamment via le contour des fenêtres). Il a tout un travail pour limiter ces pénétrations d'air. Il est essentiel de penser avant tout à la bonne conception du bâtiment. On demande à l'architecte de penser à l'étanchéité à l'air lorsqu'il dessine par exemple le mariage de la menuiserie sur la maçonnerie. Puis il existe des matériaux fabriqués essentiellement par des entreprises allemandes ou suisses qui conçoivent par exemple des joints spéciaux pour améliorer l'étanchéité entre la menuiserie et la maçonnerie permettant de colmater de façon durable des orifices. L'étanchéité concerne aussi tous les circuits et toutes les gaines électriques qui doivent être étanchées. Cela va très loin. C'est pas très compliqué, cela coûte peu cher. A la fin on a une consommation d'énergie très faible.
Puis comment j'introduis de la chaleur et comment je consomme le moins possible ? Sur la ZAC de Bonne c'est particulier. L'opérateur local Gaz et Electricité de Grenoble, régie municipale, a proposé de la petite co-génération avec un moteur à gaz. Tous les promoteurs se sont orientés vers cette solution. On fait de l'électricité par voie thermique avec un moteur et au lieu de rejeter la chaleur du moteur, elle est récupérée pour le chauffage et l'électricité des bâtiments. Son rendement est de 85 %. Et pour bien distribuer la chaleur, le système de distribution est sur-isolé.
Dernier élément : la régulation terminale. Dans ces bâtiments très performants, 1°C supplémentaire, c'est 15 % de consommation en plus. Si les personnes chauffent à 24, il y a 50 % de consommation supplémentaire. Il faut le rappeler, d'après code de la construction, les logements doivent être chauffés au maximum à 19°. C'est scandaleux que cette loi ne soit pas respectée. Il faut revenir aux fondamentaux. On met un pull à l'intérieur l'hiver. Il est inadmissible de chauffer à 24° dans les logements et d'être en débardeur dans son appartement ou d'ouvrir la fenêtre quand il fait trop chaud.

L'orientation des bâtiments est aussi essentielle

O. S. Contrairement à ce que l'on peut penser, on limite les surfaces vitrées car cela pose des inconvénients notamment l'été. Mais les apports solaires sont important. Sans les apports solaire, la saison de chauffage augmente de 100 jours. Rien qu'avec les apports solaires, on utilise déjà beaucoup des énergies renouvelables.

La deuxième étape : tous les logements sont équipés d'un système d'eau chaude solaire fournissant 50 % des besoins. La co-génération permet de couvrir les besoins supplémentaires en eau chaude sanitaire ainsi qu'en chauffage et en électricité. L'été l'appoint provient de la chaudière à gaz.

La consommation d'eau chaude sanitaire est fixée à 30 kWh/m²/an. L'ECS ce n'est pas comme le chauffage, on peut prendre des dispositions. L'eau chaude dépend de la manière dont les gens consomment. Aujourd'hui, les gens gaspillent jusqu'à 70 litres d'eau pour une vaisselle. Un lave-vaisselle consomme lui environ 15 litres.
Pour limiter la consommation d'eau, les logements sont tous équipés de systèmes hydro-économes pour les lavabos, les éviers et les douches. Des limiteurs auto-régulés de débits équipent tous les logements limitant le débit d'eau à 4 litres/minute parfois 2,5 litres/minute sur les éviers et lavabos. (20 l/min systèmes traditionnels)
Des douches à économie d'eau là permettend de diviser par deux voire par trois le débit d'eau . (certains systèmes, les douchettes à turbulence émettent 6L/min contre 20 l/ minutes.
" Il ne faut pas foncer vers les énergies renouvelables "
J'insiste, il ne faut pas foncer vers les énergies renouvelables, il faut d'abord faire de l'efficacité énergétique. C'est à dire réduire les besoins. Au préalable on travaille sur le concept de sobriété énergétique : c'est-à-dire à travers des changement de comportements et de choix on peut déjà réduire de 30 % sa consommation énergétique.

Qui dit bonne isolation, dit besoins de ventilation ?

O.S. La loi impose un système de ventilation dans toutes les constructions. Les logements sont obligatoirement équipés de système de ventilation double flux avec un système de récupération de la chaleur entre l'air sortant et l'air entrant. La ventilation traditionnelle représente 70 % des pertes totales en air. Ce système réduit de ¾ les pertes.

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