Des centrales nucléaires au milieu des villes ?

vendredi 20 juin 2008 Écrit par  Yves Heuillard
cogeneration-1.jpgUne étude commandée par la branche anglaise de Greenpeace rappelle au monde que près des deux tiers de l'énergie que nous consommons part en fumées. La cogénération à grande échelle, c'est à dire la production conjointe d'électricité et de chaleur, pourrait, en théorie, mutiplier par un facteur 2 à 3 le rendement de nos centrales électriques à vapeur (aux combustibles fossiles ou nucléaires). L'objectif de cet article est d'expliquer les vertus de la cogénération, illustrée par la perspective improbable, de centrales nucléaires dans les villes.

 


Explications. Nous sommes tous sans le savoir des victimes quotidiennes de Monsieur le physicien Sadi Carnot (1796 - 1832). Dans votre voiture Sadi dit, à la maison Sadi dit, à l'usine Sadi dit... Sadi dit quoi ? Sadi dit que le rendement des moteurs thermiques ne peut pas dépasser une certaine limite (exprimé par le théorème de Carnot). Et les moteurs les plus modernes, ceux par exemple qui transforment la vapeur produite par les centrales nucléaires en électricité, butent sur le fameux théorème de Carnot avec des rendements qui ne dépassent généralement pas 37% (rendement prévu des centrales nucléaires de type EPR). Ce qui veut dire que près des deux tiers de l'énergie fournie (sous forme de chaleur) est perdue. Autre exemple le moteur de votre voiture a un rendement de l'ordre de 33%, autrement dit les 2/3 de l'énergie du carburant sert à chauffer l'air, et un tiers à vous propulser. En combinant toutes les astuces des ingénieurs on arrive, dans les centrales au charbon à des rendements de 45% et dans les meilleures centrales à gaz à des rendements extraordinaires de 60 % (turbine à gaz + turbine à vapeur).

rapport cogeneration Et si on récupérait toute cette chaleur produite et perdue par les centrales électriques thermiques pour chauffer nos habitations ? C'est une idée vieille comme le monde. Quand vous entendez parler de cogénération, c'est de cela dont il s'agit, à ceci près que le terme s'applique généralement à de petites installations et pas à de grosses centrales électriques. Pour une raison assez simple : la distance. La chaleur ne se transporte pas facilement et les centrales électriques sont rarement au milieu des zones d'habitations. Toutefois, un rapport de Pöyry Energy Consulting , commandé par la branche anglaise de Greenpeace, montre que sur un certain nombre de sites industriels qui utilisent la chaleur comme matière première de leur production, la cogénération pourrait représenter 14 GW, soit l'équivalent d'une douzaine de réacteurs nucléaires ou encore la puissance électrique nécessaire au deux tiers des foyers anglais. Une nouvelle preuve, s'il en fallait une, du potentiel de l'augmentation de la productivité énergétique (voir notre article Economisons plus de 8 millions de tonnes de pétrole par jour ) et plus particulièrement de celui de la cogénération.

Et sur le papier, si on installait une centrale nucléaire au milieu de Paris, au lieu de la mettre dans le département de La Manche (on se demande d'ailleurs bien pourquoi), nous n'aurions même plus à fermer les fenêtres l'hiver. Et ce sans dépenser un milligramme d'uranium en plus. Vous souriez ! Un jour, par -15°C, avec un baril de pétrole à 380 dollars, quand tous les blés auront pris la couleur du colza, quand la baguette frôlera les 5 euros, il se trouvera peut être quelqu'un d'assez avisé pour y penser.

Liens Utiles

le site de Pöyry Energy Consulting

Le rapport complet de Greenpeace / Pöyry Energy Consulting

La cogénération en France sur le site du Ministère de l'industrie

Comprendre le fonctionnement d'un réacteur nucléaire selon le constructeur Areva 

Si vous avez aimé cet article, vous devriez aussi aimer

La microgénération rivale du nucléaire

Centrales nucléaire, prenez de la hauteur (visite des centrales nucléaires françaises avec Google Earth - la vidéo si dessous en est extraite )

Survol des installations nucléaires françaises en vidéo (une production originale de DDmagazine)

Hommage à Igor Kostin (Photographe qui a consacré sa vie à la catastriphe de Chernobyl)

 

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire mercredi 12 juin 2013 Posté par bubo

    Si il y a bien un candidat au réacteur nucléaire urbain, c'est le réacteur à  sels fondus de thorium, qu'il faut redécouvrir et mettre au normes du jour :
    -aucun risque d'emballement natif
    -pas de pression de circuits à  70 ou 150 bars
    -pas de risque de contamination de l'air ou de l'eau
    -pas de problème de refroidissement en cas de panne
    -Vidange automatique du coeur intégrée dans le concept : en cas de panne, la vidange est automatique par pesanteur et ne réclame aucun mécanisme.
    -une production de déchets mille fois moindre que les centrales actuelles. Si si!
    -Un rendement, excusez du peu, environ 200 X supérieur aux centrales actuelles,
    -C'est modulable d'une très petite taille à  une très grande.
    -La technologie est beaucoup plus simple et infiniment plus sûre que tous les concepts de centrale à  eau pressurisée actuels y compris la 4° génération dont on nous rebat les oreilles.
    -Très difficile et délicat de faire du nucléaire militaire avec cette filière.
    -On peut l'alimenter, en y brûlant les déchets des centrales actuelles, et même y recycler les tête militaires.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.