Le pôle nord bientôt sans glace ?

mardi 01 juillet 2008 Écrit par  Romain Houette

pole nord ours blanc

La glace recouvrant le pôle nord a de fortes chances de disparaître entièrement dans les mois qui viennent. Voilà l'avertissement lancé par les scientifiques du National Snow and Ice Data Centre (NSIDC) au Colorado. Selon eux, il y a plus d'une chance sur deux qu'il n'y ait pas de glace au pôle nord à la fin de l'été. Ils mettent en cause les importantes fontes de l'an passé ainsi que la fragilisation des glaces par le passage de bateaux. La banquise arctique a en effet fondu de 23% l'année dernière au point de reculer jusqu'à moins de 1200 km du pôle.

La glace qui est venue cet hiver remplacer les lourdes pertes de l'an passé est appelée par les scientifiques de « la glace récente d'un an ». Cette glace, explique le journal The Australian, est mince et fortement menacée par la fonte. Les scientifiques affirment que les données satellites des dernières semaines montrent déjà que la glace récente fond plus rapidement que l'année dernière. Un autre signe de la minceur de la glace récente est l'apparition de plusieurs polynies dans la calotte glacière ; ce sont des zones libres de glace situées dans la banquise, des lacs non gelés en quelque sorte. De plus, lorsque la glace blanche et réfléchissante fond, elle laisse place à l'océan qui, étant plus sombre, absorbe plus de chaleur et accélère encore la fonte aux bords de la banquise. Dans la mesure où l'océan est également de plus en plus chaud, le processus de fonte pourrait encore s'accélérer. Selon le chef adjoint de l'expédition scientifique Arktika-2007, Igor Achik de l'Arctic and Antarctic Research Institute au sujet des hausses de températures dans les couches supérieures de l'océan « les température vont de 5 à 7°C. Jamais encore nous n'avions observé de tels phénomènes. L'eau océanique n'a jamais été aussi chaude.».

Ci-dessous : évolution normale des glaces entre mars (maximum) et septembre (minimum). La glace récente constitue la différence. (schémas NSIDC)

pole nord fonte des glaces

« A travers les années, le passage du nord-ouest est devenu de plus en plus ouvert, mais sans jamais devenir une route maritime viable. 2007 est réellement la première année où ce fut le cas, » estime Mark Serreze du NSIDC (ndlr : le passage du nord-ouest fut recherché par les navigateurs pendant des siècles pour relier l'Atlantique au Pacifique). On se rappelle également que l'année dernière, pour la première fois, une équipe de chercheurs russes a pu plonger sous la banquise en direction du pôle. A plus de 4 000 mètres de profondeur, rêvant d'or noir, ils ont posé un tube en titane contenant le drapeau russe. Le professeur de physique océanique Peter Wadhams de l'Université de Cambridge pense que l'ouverture de l'Arctique l'été dernier implique une fonte quasi-certaine cette année.

« Du point de vue scientifique, le pôle arctique est un point quelconque du globe, mais symboliquement parlant, il est considérablement important. Il est censé y avoir de la glace au pole nord, et non de l'eau, » assure le scientifique Mark Serreze au journal britannique The Indépendant. Pour le Docteur Lindsay de l'Université de Washington, « il y a de fortes chances que tout le pôle arctique fonde. C'est tout à fait possible, mais ce n'est pas certain. » C'est aussi là l'avis d'autres scientifiques. Tous ne pensent pas que 2008 sera pire que 2007. Selon les scientifiques du projet Damoclès de l'Union Européenne, la probabilité qu'il y ait moins de glace en septembre 2008 qu'en septembre 2007 n'est que de 3 %. Cette estimation provient d'une simulation réalisée sur un ensemble de variables météorologiques et océanographiques. Pour le moment, les images satellites leur donnent raison : mesurant 13,18 millions de km² au mois de mai dernier, la banquise est plus grande de 280 000 km² que l'année dernière à la même époque. Il faut néanmoins se rappeler que la glace récente risque de fondre plus vite cette année.

pole nord animationEn décembre 2005 , Julienne Stroeve, climatologue du NSIDC, a estimé « qu'au rythme où nous allons, l'Arctique n'aura plus de glace pendant la saison d'été bien avant la fin de ce siècle ». Moins de trois ans plus tard, l'échéance s'est considérablement rapprochée, et maintenant les scientifiques évoquent bien plus les années 2030, voire même 2020. Sans glace, le pôle nord priverait les ours polaires de leur habitat, qui périraient alors affamés et noyés, et ouvrirait aussi la région à la prospection pétrolière. Histoire de faire monter un peu plus la température...

 


Liens utiles

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Lire le rapport complet du projet Damoclès


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