Dans 10 ans le solaire sera compétitif avec le fossile et le nucléaire

jeudi 23 octobre 2008 Écrit par  Yves Heuillard

ines-vincent-jacques-le-seigneur.jpgSelon Vincent Jacques le Seigneur*, secrétaire général de l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), l'énergie solaire sera compétitive avec les énergies fossiles et même avec l'energie nucléaire d'ici dix ans . Interviewé par DDmagazine, Vincent Jacques le Seigneur présente son Institut, implanté au Bourget du Lac en Savoie, et nous fait entrevoir la promesse d'un silicium solaire bon marché.

DDMagazine - Expliquez-nous ce qu'est l'Institut national de l'énergie solaire ?

Vincent Jacques le Seigneur. L'Ines a été créé sur le constat qu'il n'existait pas un centre de recherche à la hauteur des ambitions d'un grand pays industriel. Curieusement d'ailleurs, car au début des années 80, la France était plutôt leader en matière d'énergie solaire. Mais dans les années 85-86 on a laissé tomber. A l'époque le pétrole n'était pas cher. L'Ines c'est le retour de la France dans la classe européenne en matière d'énergie solaire et nous figurons parmi les trois ou quatre centres européens de recherche dans ce domaine.

DD - Concrètement sur quoi portent les travaux de l'Ines ?

V. JLS. Une partie majoritaire concerne la recherche et l'innovation et une autre partie concerne la formation des architectes et des divers donneurs d'ordres. La recherche concerne presque exclusivement la recherche appliquée puisque nous avons un principe de fonctionnement qui nous oblige à trouver un euros d'argent privé, pour chaque euros d'argent public dépensé. La grande vertu de ce principe est de générer des recherches qui répondent à un besoin industriel.

Un banc thermique
semi-virtuel

banc test solaire thermique

 L'Ines dispose d'un banc thermique semi-virtuel paramètrable pour simuler les caractéristiques d'un bâtiment et du climat. En 10 jours, le banc thermique peut calculer le comportement d'un système solaire thermique dans des conditions réelles d'utilisation pendant un an d'utilisation. 

Nous sommes ici dans le pôle de compétitivité Tenerrdis [NDRL :Technologies énergies nouvelles énergies renouvelables Rhône-Alpes, Drôme, Isère, Savoie], le plus important concernant les énergies renouvelables. L'idée du pôle de compétitivité est de mettre autour de la même table chercheurs, start-ups, industries lourdes et de monter des programmes communs. En moyenne annuelle, nous captons entre 10 et 12 millions d'euros pour la recherche, ce qui veut dire qu'on peut en capter 10 à 12 millions d'autres [dans le privé, NDLR] ce qui est considérable quand on sait d'où l'on vient.

DD - Pouvez-vous nous donner des exemples ?

V. JLS. Il y a quatre ou cinq grandes directions de recherches. D'abord le matériau, le silicium, dont le marché fait l'objet de tensions [du fait de la forte demande, NDLR] : il faut développer un silicium de grade solaire **. Nous avons donc un gros programme nommé Photosil [NDRL : Production simplifiée du silicium de qualité photovoltaïque], pour lequel nous avons réuni un consortium avec le Commissariat à l'énergie atomique (CEA)Appolon Solar, une petite entreprise lyonnaise, et Ferro Atlantica, un gros sidérurgiste espagnol.  Le projet est dans sa phase pilote, on a déjà sorti des cellules solaires des fours. Si le projet débouche sur une chaîne de fabrication industrielle ce sera une véritable révolution.

Autre direction :  l'économie de la matière. Il s'agit de produire des cellules moins épaisses, qui consomment moins de silicium, qui génèrent moins de déchets lors de leur découpage et d'optimiser leur rendement de manière à obtenir une rentabilité plus importante de l'investissement.

Plus bas encore dans la chaîne de production de l'électricité, nous nous intéressons à l'optimisation des systèmes de raccordement au réseau électrique et in fine au stockage. Le stockage est nécessaire au réseau car il va permettre de lisser la production et la consommation d'énergie.

A ceci s'ajoute enfin, avec des moyens plus limités, de la recherche dans le secteur du solaire thermique.

Institut national de l'énergie solaireDD - Quid des rendements, on parle de 30 % en laboratoire ?

V. JLS. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne question.  La bonne question ce sont les coûts. Si demain nous sortons un silicium, via notre programme Photosil,  moins onéreux, on va pouvoir développer des panneaux solaires à moindre coût. Des toits nous avons autant que nous voulons. Ce n'est pas un problème de place mais de coût des modules photovoltaïques [pour une production donnée d'électricité, NDLR]. Qu'importe le rendement, même si votre rendement est de 10%, il suffit de mettre plus de panneaux.

DD - En terme de coût quel est l'objectif ?

V. JLS. Pour nous c'est clair. D'ici deux ans nous voulons diviser par deux le coût du silicium, sachant que le silicium rentre pour moitié dans le prix des modules.

DD - A quel horizon le solaire devient-il compétitif avec le combustible fossile ?

Voir la réponse et la suite de l'interview en vidéo

[video:http://fr.youtube.com/watch?v=MAIyVpIqP7A 425x344]

NOTES :

* Vincent Jacques le Seigneur est secrétaire général de l’Institut national de l’énergie solaire (INES). Il a été directeur général de l’Institut français de l’environnement (IFEN) après avoir été conseiller du ministre de l’Environnement. Il est maître de conférences à Sciences-Po, Paris.

** le silicium employé actuellement dans les panneaux solaires provient de la filière électronique. Son degré de pureté est le même que celui qui sert à fabriquer des microprocesseurs. Ce degré de pureté n'est pas nécessaire aux applications de production d'électricité.

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