Kokopelli sauve les légumes de nos grands-mères

lundi 20 avril 2009 Écrit par  Alexandra Lianes
tomates-anciennes.jpgCréée en 1999, l’association française Kokopelli distribue des semences issues de l’agriculture biologique et biodynamique. Disposant d’un catalogue d'environ 4 500 variétés, Kokopelli est la plus grande banque européenne de semences anciennes mise à disposition du public. Présentation d'une association militante dont le motto est "la libération de la semence et de l’humus".

 

Implantée à Alès dans le Gard, Kokopelli devenue une association en 1999 est une reprise de la société Terre de Semences créée en 1994. « La bande de collectionneurs » d’hier s’est transformée en une association d’un million d’euros de chiffre d’affaires employant quinze salariés et soutenue par environ 7 000 membres.

[video:http://fr.youtube.com/watch?v=OM0ZeP62blk 320x240] 

DDmagazine a rencontré Jean-Marc Guillet, président de l’association, à l’occasion de Naturellia, salon bio des Alpes qui s'est tenu en fin d'année à la Roche-sur-Foron en Haute-Savoie. Il nous parle des actions de l’association et de la défense des semences anciennes.

Kokopelli en bref
Date de création : 1999
Activité : milite pour la biodiversité
et la préservation des semences anciennes
Distribue 4 500 variétés de semences
dont environ 80 % de potagères,
10 % de céréales, 10 % de plantes
Chiffre d’Affaires 2008 : 1 M €
Environ 7 000 adhérents 

Considérée comme la plus grande banque européenne de semences anciennes mise à disposition du public, Kokopelli distribue aujourd’hui environ 4 500 variétés de semences anciennes : de la semence potagère (80 %) aux céréales (10%)  en passant par les fleurs (10 %) aromatiques, médicinales et de décoration. A titre d’exemple, là ou la grande distribution commercialise une quinzaine de variétés de tomates, Kokopelli en recense plus de 650 ou encore 400 variété de piments et autant de courges.

Cela va sans compter les semences non-répertoriées. « Dans chaque pays nous récupérons des semences anciennes qui, pour certaines, ne sont répertoriées nulle part. Il faudrait que l’on fasse une recherche sur leur nom vernaculaire parce que aujourd’hui nous disposons d’environ 10 000 variétés mais nous sommes persuadés d'en avoir certaines en double ou en triple », explique Raoul Jacquin, porte-parole de l'association et responsable du jardin de production de la semence. Faute de temps et d'argent, l'association remet ce travail à plus tard. 

« Nous ne sauvegardons pas quelque chose de bucolique mais un patrimoine reproductible et transmissible aux générations à venir afin d’assurer la dépendance alimentaire », poursuit le porte-parole de l'association. Une mission qui prend la tournure d'une lutte contre l'industrie des semences et en particulier contre les OGM, organismes génétiquement modifiés et les semences hybrides. L'association, cousine de l'organisation américiane Seed Savers est d'ailleurs soutenue par de nombreuses personnalités dont le professuer Dominique Belpomme et l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage. 

Et Raoul Jacquin d'insister : « La semence est le plus ancien patrimoine commun de l’humanité. C’est tout ce qui nous permet de vivre, de manger, de réfléchir. C’est un patrimoine beaucoup plus conséquent que les semences industrielles créées pour absorber des produits chimiques protégées par des brevets. C'est-à-dire que tous les ans, ces industries profitent d’un retour sur investissement. Car les semences hybrides et les OGM, Organismes génétiquement modifiés, ne se reproduisent pas. A l’inverse, les semences anciennes sont reproductibles à l’infini et elles continuent d’enrichir leur patrimoine génétique. »

" Un engagement fort pour une agriculture alternative "

L'association Kokopelli c'est aussi des démélés avec la justice. Elle est au coeur de plusieurs affaires judiciaires dont une toujours en cours contre le grainetier Baumaux. L'entreprise a en effet attaqué l'association pour "concurrence déloyale". A ce jour, la procédure en Appel est toujours en cours. Le grainetier Baumaux n'a pas répondu à nos demandes d'interview à propos de cette affaire judiciaire.

En début d'année 2008, Kokopelli a perdu face à l'Etat français qui poursuivait l'association pour vente de semences non-inscrites au catalogue officiel. L'association a été condamnée à payer une amende à l’Etat de 17 130 €, et à publier la condamnation du président de l'association dans quatre revues professionnelles, au choix de la FNPSP (Fédération nationale des professionnels de la semence, pour un montant maximal de 2 000 €. Ainsi que 3000 € pour les frais engagés pour la défense de la FNPSP. 

Car pour être commercialisée ou même transmise, une semence doit obligatoirement obtenir un Certificat l’obtention végétale (COV) et être inscrite au catalogue officiel des espèces et des variétés. L'association dénonce cette formalité : « Officiellement, chaque inscription coûte 250 €. Avec les frais annexes, il faut compter entre 1 000 et 1 500 €  », d'après Raoul Jacquin qui dénonce une prodédure onéreuse et estime que « c'est à l'Etat de payer pour protéger le consommateur ». En outre, les semences inscrites au catalogue des semences sont réservées aux amateurs. « On en prive ainsi les professionnels et donc les consommateurs », poursuit le porte-parole. Donc en pratique Kokopelli vend ses semences dans l'illégalité.

Autres distributeurs de semences anciennes :

Biaugerme

Germinance

Graine del pais

Plus d'infos sur le site du Réseau des semences paysannes

A lire aussi sur DDmagazine : 

Qu'est-ce qu'on mange ? - Les bonnes adresses du bio. 

Les produits bio sont-ils forcément bons ? - Interview de la journaliste Laurence Wittner, spécialiste de l'étiquetage.

Notre dossier : "Alimentation : décryptage des labels bio "

Agriculture bio : la vérité sur la nouvelle réglementation