Kyoto, Poznan, Copenhague : et après ?

mardi 16 décembre 2008 Écrit par  Alexandra Lianes

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La conférence de Poznan en Pologne a rassemblé pendant 12 jours les ministres de l’environnement de 190 pays autour des projets d’engagements de lutte contre le réchauffement climatique. Il s’agissait de préparer la voie au nouveu traité de lutte contre le réchauffement climatiquequi doit être adopté à Copenhague fin 2009 en remplacement au protocole de Kyoto qui s’achève fin 2012. Quel est le bilan de cette réunion préparatoire à l'échéance de Copenhague ? Décryptage. 

Les 27 pays de l’Union européenne ont adopté in extremis un plan de lutte contre le réchauffement climatique des " trois 20 " : 20 % de réduction des émissions de Gaz à effet de serre (GES)par rapport à 1990, 20 % d'énergies renouvelables dans la consommation totale et 20 % d'économies d'énergie à l'horizon 2020. Avec cet accord, l’UE a souhaité donner un signal fort à la communauté internationale qui se prépare à 12 mois de négociations ardues pour donner naissance au nouvel accord mondial sur le climat de Copenhague.

Mais pour parvenir à un consensus, Paris, qui achevait sa présidence de six mois de l’UE a dû satisfaire de nombreuses demandes de dérogations ou d'exemptions. La proportion de permis à polluer que devront acheter les industriels sera relativement faible en 2013, date de mise en service du nouveau système, mais elle augmentera progressivement d'ici 2020.

Ces dérogations ont fait dire aux organisations de défense de l'environnement (Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth Europe) que cet accord climat est "un échec". Ces ONG ont appelé le Parlement européen à amender le texte, lors du vote prévu au parlement européen mercredi.

Les Etats-Unis feront-ils pencher la balance ? 

Historique de la mobilisation internationale
1992 : le sommet de la Terre de Rio de Janeiro est la première réponse internationale concertée concernant le changement climatique. Cette rencontre a donné lieu à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité non contraignant qui encourage les pays développés à stabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). 189 pays ont signé et ratifié la CCNUCC.
1997 : la plupart des parties à la CCNUCC, à l’exception notable des Etats-Unis, ont également signé et ratifié le protocole de Kyoto, un traité juridiquement contraignant, qui engage les pays signataires à procéder à des réductions spécifiques de gaz à effet de serre. L’objectif était d’atteindre une réduction générale de 5% de GES d’ici 2012 par rapport aux niveaux de 1990.  Les détails sur la mise en œuvre du protocole de Kyoto (les accords de Marrakech) ont été adoptés en 2001.
2007 : la 13ème Conférence des parties de la CCNUCC de Bali avait pour objectif d'élaborer un cadre de négociations, ainsi qu’une feuille de route pour un accord sur le changement climatique, en vue de négocier la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto, après 2012. 
2008 : poursuite des négociations sur l'après-Kyoto à Poznan, Pologne.
2009 : La fin des négociations pour un accord international sur le climat doit avoir lieu à Copenhague en décembre 2009.

La communauté internationale a désormais les yeux rivés sur les Etats-Unis représentés à Poznan pour la dernière fois par l’administration Bush. La première puissance mondiale, au deuxième rang des émissions de GES, derrière la Chine (Voir notre article : Atlas mondial des émissions de dioxyde de carbone) n’est toujours pas engagée dans le protocole de Kyoto, qui prévoit un engagement quantitatif et contraignant de réduction des émissions de GES. 

Le nouveau président américain qui s’est fortement engagé pendant sa compagne électorable à agir en faveur de l'environnement suscite de nombreuses attentes. Barack Obama à en effet promis de s'attaquer aux questions climatiques négligées sous les deux mandats de George Bush. Barack Obama, qui prendra officiellement ses fonctions le 20 janvier, a annoncé un plan d’investissement de 150 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique (Voir notre article : Obama : ses engagements pour l'environnement)

Autre signal fort du nouveau président américain, le président Barack Obama doit présenter dans les prochains jours au cours d’une conférence de presse son futur secrétaire à l’Energie. Selon mes médias américains, Barack Obama a choisi pour occuper ce poste le prix Nobel de physique Steven Chu, un partisan affirmé de la recherche d'énergies renouvelables et alternatives.

Hasard du calendrier ou pas, la nomination du Nobel, également spécialiste du changement climatique, Barack Obama donne un autre signal de sa volonté revenir dans les négociations internationales sur le climat.

John Kerry, le représentant de Barack Obama à Poznan a assuré que  «Les états-Unis sont prêts à assumer leur part et ils le feront sous la conduite du président Obama » (Source : Le Figaro.fr). La porte des négociations est ouverte mais à une condition : que les grands pays émergents et tout particulièrement la Chine soient soumis à un régime d’objectif de réduction contraignant équivalent.  Il s’agit là d'un point de blocage que l'administration Bush avait utilisé pour justifier son retrait du protocole de Kyoto.

Obama fera-t-il la différence ?

" Oui, nous pouvons le faire ! ", a déclaré Al Gore, prix Nobel de la paix lors de la conférence de Poznan reprenant le slogan de campagne d'Obama. " Il est temps que les Chefs d'Etat s'impliquent personnellement, à plusieurs reprises, dans les réunions (qui se tiendront) d'ici Copenhague" en décembre 2009. " Même si les progrès ont l'air douloureusement lents (...), je pense que les raisons d'espérer et d'être optimistes sont plus importantes que les raisons de douter et d'être découragés". "Je crois que la route pour Copenhague est maintenant dégagée ", a poursuivit cette figure américaine de lutte contre le contre le réchauffement climatique. (Source : Le Nouvel Obs.com)

Les pays émergents mécontents

Pour arriver à un nouveau traité international de lutte contre le réchauffement climatique, les pays industrialisés devront convaincre les pays émergents de s’engager dans une réduction contraignante de leurs émissions de GES.

Déjà à Poznan, les pays pauvres ont accusé les riches de ne pas les aider assez à faire face aux conséquences du dérèglement climatique comme les sécheresses, les inondations, les épidémies et la montée du niveau des mers.
Pour autant, la réunion à Poznan a permis la création d’un fonds pour aider les pays en développement à s'adapter aux conséquences des changements. Mais ce fonds ne devrait permettre de recueillir que 80 millions de dollars - soit une fraction des dizaines de milliards nécessaires chaque année d'ici 2030, selon les Nations unies, pour aider le monde en développement à s'adapter à l'évolution du climat.(Source : dépêche AFP)

Les prochains rendez-vous

Le secrétariat de l'Onu sur le changement climatique a jugé que les discussions de Poznan avaient rempli leur principal objectif en arrêtant un plan de travail en vue de la conférence de Copenhague. Mais les décisions les plus difficiles, notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre par chaque pays, ont été laissées pour 2009.

Quatre conférences intermédiaires sont prévues d'ici à celle de Copenhague afin de sortir avec un accord post-Kyoto.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a proposé d'organiser un sommet à New York en septembre prochain pour que les chefs d'Etat du monde entier, dont Obama, s'impliquent personnellement dans les négociations climatiques.

Les objectifs à moyen-long terme

pollution-rechauffement-climatique-1.jpgL'UE croit fermement que le réchauffement climatique ne doit pas dépasser de plus de 2 °C les niveaux de l'époque préindustrielle. De nombreuses preuves scientifiques confirment en effet que le risque de bouleversements environnementaux irréversibles et potentiellement catastrophiques augmentera sensiblement au-delà de ce seuil. Pour que l’on puisse rester dans cette limite des 2 °C, les émissions mondiales devront cesser de croître d'ici 2020 et ensuite être réduites de moitié par rapport à leurs niveaux de 1990 d'ici 2050.  

Afin de stopper l'augmentation des émissions mondiales, les pays développés devront,  d'ici 2020, réduire leurs émissions collectives de 30 % par rapport aux niveaux de 1990 tandis que les nations en développement, particulièrement les grandes économies émergentes, devront freiner la croissance de leurs émissions en les maintenant 15 à 30 % en dessous des niveaux prévus pour 2020 en l'absence de mesures spécifiques.  

Les députés européens ont récemment demandé à ce que l'UE et d'autres pays industrialisés réduisent 25 à 40% de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. Ces chiffres valent pour l'objectif à moyen terme. L'objectif à long terme, lui, fixe la réduction des émissions à 80% d'ici 2050 (en comparaison avec 1990). La commission parlementaire temporaire du changement climatique a adopté, mardi 2 décembre 2008, le rapport de M. Karl-Heinz Florenz qui présente des recommandations pour lutter contre le réchauffement climatique.
Rapport de Karl-Heinz Florenz.

Tout le monde s'accordant à dire que le nouveau traité doit s'attaquer au défrichement des forêts tropicales, responsable d’environ 20 % des émissions mondiales, la Commission européenne propose de réduire de moitié le défrichement de ces forêts d'ici 2020 et de stopper la diminution de la couverture forestière de la planète d'ici 2030. Elle propose, entre autres, d'établir un mécanisme mondial pour le carbone forestier afin d'aider les pays en développement.

Pour aller plus loin : 

Agence européenne de l’environnement (AEE)

Commission environnement du Parlement européen

Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du DD et de l’Aménagement du territoire

Les émissions de dioxyde de carbone par pays (données de 2002)

Programme des Nations-Unies pour l'environnement

Agence de protection de l'environnement américain

Département de l'Energie américain

Carbon monitoring for action

Registre français des émissions polluantes

Lien vers le rapport " Energie et environnement " en anglais uniquement ; tous les rapports de l’AEE 

Portail d'accès aux documents en français du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec)  

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Quelques degrés de plus, et alors ?