Un autre regard sur le cancer

mardi 14 avril 2009 Écrit par  Alexandra Lianes

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Quels sont les effets des pollutions atmosphériques, chimiques, électromagnétiques et même intérieures sur la santé et sur l’émergence des cancers ? Question à laquelle des réponses divergentes ont été apportées. Reste que le cancer est devenu la première cause de mortalité en France. Comment l'expliquer et comment prévenir l'apparition de la maladie ? Pour y répondre, l’association Ressource organise la 2ème édition du congrès "Un autre regard sur le cancer". Photo montage: Pfala @ Flickr.

En 25 ans, le nombre de cancers a doublé en France. 320 000 nouveaux cas sont déclarés chaque année. Le cancer est  la première cause de décès en France depuis 2004 (Source INC - Inserm). Cette croissance s’explique en partie par le vieillissement de la population et par un dépistage plus précoce. Mais ce n'est peut être pas la seule explication. Certains facteurs de risque sont pointés du doigt par nombre de scientifiques et par les malades eux-mêmes qui s’interrogent sur les causes de leur cancer.

Ce sont précisément des causes du cancer que l’Association Ressource discutera les 17 et 18 avril prochain à Aix-en-Provence, lors de la 2ème édition du Congrès "Un autre regard sur le cancer". Objectif : comprendre et identifier les facteurs de risques, mieux maîtriser leurs impacts sur la maladie et agir plus efficacement, de manière curative mais aussi préventive. 

L'environnement est pointé du doigt mais le sujet est très controversés. La pollution serait responsable de 0,5 % des cancers selon l’Académie des sciences (rapport en PDF) et de 1 % à 5 % selon l’Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement de du travail (Afsset). 

"Contrairement à certaines allégations, la proportion de cancers liés à la pollution de l’eau, de l’air et de l’alimentation est faible en France, de l’ordre de 0,5%, elle pourrait atteindre 0,85% si les effets de la pollution de l’air atmosphérique étaient confirmés" avait conclu l’Académie des Sciences dans son rapport publié en septembre 2007 sur "Les causes du cancer en France". Ce rapport avait alors suscité de nombreuses réactions. Selon le professeur de cancérologie Dominique Belpomme, cité par le JDD : "L'hypothèse que nous avons avancée est qu'au moins 50% des cancers, si ce n'est les deux-tiers, sont liés aux modifications chimique, physique et biologique, de notre environnement, en particulier aux fameuses substances CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques), qui sont internationalement reconnue comme pouvant être à l'origine de cancers".

Le Dr. Jean-Loup Mouysset, oncologue et président de l’association Ressource, organisatrice du congrès, estime pour sa part que le rapport présenté par l’Académie des Sciences est "irrecevable". Du fait de certains choix "arbitraires" qui "sous-estiment" les risques. L’oncologue insiste sur le fait que le cancer n’est pas quelque chose d’isolé mais une maladie qui "dépend de son environnement". Dans cet environnement, de plus en plus de produits chimiques et de polluants sont présents : les PCB, les pesticides ou encore les particules fines pour n'en citer que quelques uns.

De nombreuses questions restent en suspens quant aux effets des expositions chroniques à de faibles doses de polluants et ceux des mélanges appelé "effet cocktail". A ce propos, l'Inserm estimait dans une expertise collective publiée le 2 octobre 2008 sur les cancers et l’environnement  que : "La possibilité d'interaction entre différents polluants (synergie, opposition, indépendance) peut être cruciale pour les contaminants souvent associés (par exemple pesticides et dioxines) ou les contaminants présents dans des particules (constituants de particules atmosphériques). Enfin, de nombreux polluants peuvent avoir des effets multiples et il est nécessaire d'envisager l'ensemble des mécanismes d'action possibles."

L'institut qui précisait dans son expertise que "les modifications de l’environnement pourraient être partiellement responsables de l’augmentation constatée de l’incidence de certains cancers" restait toutefois prudent et rappellait que "cette hypothèse doit faire l’objet d’un effort de recherche constant, portant à la fois sur la mesure de l’exposition des populations à des cancérogènes avérés ou probables et sur l’existence et la nature du lien causal"

"Un autre regard sur le cancer" abordera ces sujets d’actualité afin qu’ils soient mieux pris en compte dans les politiques de santé, mais apportera également des éclairages sur des questions pratiques : Peut-on boire l’eau du robinet ? les produits laitiers sont-ils contre indiqués ? que privilégier comme produits d’entretien ou cosmétiques ? quels réflexes adopter dans son quotidien et notamment son alimentation ? comment accompagner les malades et trouver la juste place de chaque démarche de soins en cancérologie ?

Les 17 et 18 avril, à Aix en Provence, le congrès réunira pendant deux jours des intervenants de renommée nationale et internationale.

Parmi eux, Patrice Halimi, chirurgien pédiatre, représentant de l’ASEF (Association santé environnement France) pour une conférence sur les conséquences sur la santé des PCB et des dioxines.

Le Dr Pierre Souvet et le Dr David Servan-Schreiber animeront une conférence sur la téléphonie mobile et les autres pollutions electromagnétiques. Le premier, cardiologue et président de l'association santé environnement Provence et France (ASEP) dressera un état des lieux tandis David Servan-Schreiber, chercheur et neuropsychiatre donnera des conseils pour se protéger.

Gilles-Eric Seralini, Professeur des Universités à Caen en biologie moléculaire, chercheur sur les effets des pesticides et des OGM, président du conseil scientifique du CRII-GEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes
sur le Génie Génétique) présentera les nombreuses études montrant l’effet sur la santé des pesticides et des OGM et notamment les risques de cancer.

Pesticides, détergents, cosmétiques, peintures ; André Cicolella, chercheur à l’Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) fera un point sur les multiples risques à la maison, sources de cancérogénèse.

Le professeur de biochimie et de médecine, Martin L. Pall abordera le syndrome d’hypersensibilité chimique multiple, syndrome qui "touche de nombreuses personnes, extrêmement sensibles aux produits chimiques, qui réalisent des allergies et autres troubles dont une fatigue chronique très invalidante".

Davantage consacrée aux malades, la deuxième journée du Congrès abordera "comment l’alimentation, les compléments vitaminiques, mais aussi les médecines complémentaires améliorent la tolérance des traitements et vont même jusqu’à prévenir l’apparition des cancers et des récidives".  Ce sera également l’occasion de souligner combien le soutien moral et familial peut augmenter, voire doubler, la survie des patients atteints d’un cancer (étude publiée en 1989 par le Professeur Spiegel et confirmée par des données de 2007 et 2008).

Renseignements

Consulter l'intégralité du programme du congrès et la liste des intervenants (PDF)

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